Courte analyse des sentiments, selon « L’Éthique » de Spinoza

L’analyse suivante est tirée seulement de la partie 3.

Afin d’envisager l’explication de l’éthique, conçue par Spinoza, il faut tout d’abord mettre au clair le concept du désir. Pour Spinoza, il n’existe qu’une substance: l’Existence qui est l’essence de Dieu. Dieu s’exprime par une infinité d’attributs, mais seulement deux sont accessibles à l’homme: la pensée et l’étendue. Ces deux attributs sont affectés par l’âme et le corps respectivement. Ces derniers peuvent être à la fois affectés par des passivités qui modifient son état. Selon Spinoza, le désir est l’affection originelle, qui accompagné de la joie et de la tristesse, engendre toutes les autres affections. Il entend par affection tout ce qui accroit ou diminue la puissance d’agir du corps et du même coup, la puissance de pensée de l’âme. En effet, contrairement à Descartes, Spinoza ne peut pas concevoir l’âme et le corps indépendants l’un de l’autre. Si le corps est inerte, l’âme est incapable de penser et de la même manière, le corps est inerte si l’âme n’est pas apte à penser (Scolie de la prop. 2). D’où l’âme est l’idée de mon corps en acte, car c’est seulement par le corps que l’âme peut penser et ce sont les affections du corps qui entraine la pensée de cette âme. Donc, comme préalablement mentionné, l’être humain découle de deux attributs de Dieu: la pensée et l’étendue. Par le corps, l’homme appète et par l’âme, l’homme prend conscience de cet appétit. Ainsi, la définition du Désir est l’appétit accompagné de la conscience de lui-même (Scolie de la prop. 9), car on désire quelque chose seulement quand on a pris conscience de notre envie. Par exemple, lorsque le corps est fatigué, on ne désire dormir que lorsqu’on prend conscience de cette fatigue. Toutefois, il faut noter que même si l’homme ne prend pas conscience de son appétit, celui-ci reste présent et inchangé (Déf. des affections 1). En autres termes, qu’on prenne conscience qu’on est fatigué ou pas, ne change pas le fait qu’on est fatigué. Par contre, si on ne répond pas à ce désir, on est moins concentré et on s’en dort involontairement, car notre puissance d’agir et diminuée et du même fait, la puissance de pensée l’est également. Puisque l’essence de tout être est de persévérer dans son être, alors l’appétit est l’essence de l’homme, puisqu’on ne peut qu’appéter ce qui nous conserve et se conserver est la nature même de l’homme. Autrement dit, il n’y a rien dans sa nature qui puisse le détruire (prop. 4) et alors, toute destruction est extérieure à lui.

Nécessairement, l’effort de la puissance de pensée est parallèle à l’effort de la puissance du corps, car l’esprit ne peut qu’imaginer ce qui affirme sa propre puissance d’agir (prop 54). Autrement dit, l’esprit raisonnable ne peut pas vouloir un acte dont son corps en est incapable. Ces puissances sont augmentées ou diminuées par deux affections primitives: la joie et la tristesse. Par la définition de Spinoza, la joie est une passion par laquelle l’âme passe à une perfection plus grande, tandis que la tristesse est une passion qui passe à une perfection moindre. Ceci est expliqué du fait que la joie augmente la puissance d’agir et de pensée (Démonstration du corollaire prop. 15), car elle aide l’effort pour persévérer dans son être. Quand l’homme agit en accord avec son désir, ceci lui amène de la joie et de la même manière, lorsqu’il ne répond pas à son désir, cela amène sa tristesse. Donc, plus un homme est joyeux, plus il aura de la puissance à s’efforcer de persévérer dans son être. Le Désir et l’appétit deviennent alors l’essence, car il s’agit d’accroître la puissance du corps et de l’esprit jusqu’à tendre vers la perfection. Par ailleurs, un même objet peut causer plusieurs sentiments différents selon l’homme qui le perçoit (prop.56). Puisque la nature du désir suit les causes extérieures des sentiments, et que ces sentiments diffèrent en chaque homme, alors l’essence de chacun diffère. Logiquement, le contentement, qui est l’accomplissement du désir, diffère aussi en chacun.

Selon la proposition 3, les actions de l’esprit viennent des idées adéquates et les passions des idées inadéquates. En effet, l’âme est active que lorsqu’une idée quelconque constitue son essence, donc que l’âme soit sa cause adéquate. Cependant, elle est passive lorsqu’une idée est causée par la nature d’un corps extérieur à nous et qu’elle a un concept confus de ce corps. Ainsi, l’homme est passif lorsqu’il imagine qu’il est affecté d’un sentiment dont la nature prend naissance en lui, mais aussi en un corps extérieur. Il a donc une idée confuse de l’existence de son sentiment, de son affection sur sa puissance d’agir et de pensée, donc du même fait, il a une idée mutilée de son esprit. Par contre, un homme est actif lorsqu’il peut expliquer clairement et distinctement la nature de ses passions : la nature de l’objet extérieur est ainsi exprimé en lui. L’homme est par conséquent, la seule cause de l’acte de son esprit. Ainsi, il est plus conscient de son existence.

Il s’en suit que « nous jugeons qu’une chose est bonne, parce que nous faisons un effort vers elle, que nous la voulons et tendons vers elle par appétit ou désir » . Ceci est clair, car selon la proposition 4 et 6, chaque chose s’oppose à tout ce qui peut nuire ou supprimer son existence. Donc, si on appète quelque chose, c’est parce qu’elle ne nuit pas et même, qu’elle nécessairement bonne pour nous. Puisque c’est dans la nature de l’homme de se conserver et qu’il ne peut pas désirer ce qui le détruirait, s’il désire quelque chose c’est justement parce que cette chose augmente sa puissance d’agir. Si sa puissance d’agir est augmentée c’est parce qu’il ressent de la joie et donc, l’objet en cause le rapproche de la perfection. Par conséquent, ce qui est bien consiste en toute genre de joie qui satisfait un désir et ce qui est mal consiste en tout genre de tristesse qui fruste un désir. Ainsi, chacun juge, d’après son désir, ce qui bon ou mauvais pour lui. De toute évidence, Spinoza enlève toutes les règles morales de la religion et même de la société en affirmant cela. Toutefois, Spinoza prétend que l’homme ne sera pas enclin à faire du mal à autrui, puisque ce mal sera accompagné d’une tristesse. En effet, l’homme ne peut pas faire du mal à un semblable sans ressentir de la tristesse (prop. 30), car l’image d’autrui ressemble au sien (prop. 16). Ainsi, on voit donc que Spinoza ne pensait pas que malgré le manque de morale stricte dans sa philosophie, qu’elle allait créer un monde de chaos : les hommes sont enclins à faire du bien aux autres, car ils donnent de la joie à une semblable, donc à eux-mêmes en suivant le même raisonnement.Ceci est davantage expliqué dans la partie 4: Spinoza pense que les hommes raisonnables vivront selon des lois semblables à celui de l’État.

En étant actif, l’homme devient la cause totale de ses actions, ainsi chaque affection est due à une chose intérieure comme cause: car la chose extérieure est exprimée en nous. La joie est alors une satisfaction intérieure, car l’homme entreprend des actions par libre décret. Il n’agit donc plus en fonction des affections qu’il ne comprend pas entièrement et il atteint la connaissance de troisième dégrée dans son entendement. Cette connaissance est une connaissance rationnelle: l’homme voit les notions universelles, l’unicité des choses et leurs liens entre elles. Il peut alors concevoir son propre lien à l’existence et il passe dans un état de béatitude: il se relie à la Nature, à Dieu. L’éthique de Spinoza est donc dirigée vers le Bonheur et la Liberté. C’est seulement par la connaissance rationnelle, qui est la compréhension des liens dans la nature et donc de l’existence en soi, qu’on y a accès. Lorsqu’on a une compréhension claire des choses, nous sommes capables de rejeter les passions qui nous rendent passifs, ainsi nous nous laissons seulement affecter des celles qui augmentent notre puissance d’agir et par conséquence, nous sommes libres. Cette liberté est davantage expliquée dans la partie 4 et 5: il s’agit d’un contrôle de soi et de comprendre nos affections.

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3 Comments

  1. Merci beaucoup pour vos explications qui m’aident à mieux comprendre Spinoza. Je suis en train de l’étudier en ce moment, je trouve ça magnifique mais c’est vraiment pas facile à comprendre. Par hasard, connaitrerriez-vous un livre, un texte ou un site internet qui permet de vraiment bien comprendre sa philosophie ? Une bonne vulgarisation à me recommander ? Pour moi l’Ethique est presque illisible, c’est très frustrant. Si vous avez je suis preneur ! Merci ! Frédéric

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    1. Bonjour, vous étudiez quelle partie de Spinoza? En effet, c’est très difficile à comprendre, car il suppose que vous avez déjà toute une formation scolastique-Descartes de la philosophie. Il n’y a presque aucun site qui prend la peine de bien expliquer la philosophie de Spinoza en détail: la plupart n’énonce que des propos très généraux. Cependant, ce que je peux vous conseiller, c’est que vous me précisez avec quelle partie vous vous butez, et je ferais une vidéo sur youtube pour l’élucider. Mon channel porte le même nom que celui-ci: Littérature et Philosophie Ng. J’expliquerai Spinoza avec plaisir.
      Kenneth Ng.

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